

La cité de Corinthe doit son destin à une singularité géographique : l’isthme, une bande de terre d’environ six kilomètres qui relie le Péloponnèse à la Grèce centrale et sépare le golfe de Corinthe du golfe Saronique. Le peuplement y est attesté dès le Néolithique, au pied de l’Acrocorinthe, un piton rocheux dont le sommet fortifié domine toute la plaine. Le site réunissait trois atouts rares : le contrôle des routes terrestres, des sources abondantes et une plaine fertile. Cette position explique pourquoi l’habitat n’a quasiment pas changé d’emplacement avant le Moyen Âge. Sous la dynastie aristocratique des Bacchiades, puis sous la tyrannie de Kypsélos (vers le milieu du VIIe siècle av. J.-C.), la ville développe une puissance maritime et commerciale considérable. Elle fonde des colonies majeures, notamment Corcyre et Syracuse, et dispose de deux ports : Lechaion sur le golfe de Corinthe et Cenchrées sur le golfe Saronique. Sous la tyrannie de Périandre, on associe l’aménagement du Diolkos, une chaussée dallée sur laquelle les navires, ou leurs cargaisons, étaient tirés d’une mer à l’autre. Les Corinthiens sont aussi réputés pour leur ingéniosité technique : la tradition leur attribue l’introduction de la trière en Grèce. Leur production céramique, du style protocorinthien au style corinthien, inonde les marchés méditerranéens grâce à ses bestiaires miniatures et à ses décors très fins. Reste un détail troublant : la forme exacte du Diolkos et son usage réel pour les gros navires restent débattus.

Le cœur monumental de l’époque grecque est le temple archaïque d’Apollon, bâti vers 550 av. J.-C. en calcaire local sur une terrasse rocheuse. C’est un édifice dorique périptère dont il subsiste sept colonnes monolithes sur le côté ouest, soit l’un des rares témoins archaïques encore debout en Grèce. Les architectes y ont intégré une légère courbure du stylobate, un raffinement optique que l’on compte parmi les plus anciens exemples connus. Corinthe est aussi réputée pour ses fontaines, dont la célèbre fontaine de Pirène, entourée de légendes, qui a été remaniée à plusieurs reprises jusqu’à l’époque romaine. L’architecture a laissé une autre empreinte : l’ordre corinthien, au chapiteau orné de feuilles d’acanthe. Vitruve en rapporte l’origine à une anecdote attribuée au sculpteur Callimaque, mais cette histoire relève davantage de la tradition que de la preuve archéologique. Au sommet de l’Acrocorinthe se dressait un sanctuaire d’Aphrodite. Certains auteurs antiques évoquent un culte associé à de nombreuses desservantes, mais l’ampleur réelle de cette pratique reste très contestée par les chercheurs. En 146 av. J.-C., le général romain Mummius prend la ville, la pille et la détruit, ce qui met fin à l’indépendance de la cité grecque. Le site reste alors presque désert pendant plus d’un siècle, et cette rupture constitue l’un des grands épisodes de l’histoire de la Grèce antique.

C’est Jules César qui, en 44 av. J.-C., refonde la cité sous le nom de Colonia Laus Iulia Corinthiensis. La ville devient la capitale de la province romaine d’Achaïe et se couvre d’édifices : un vaste forum, des basiliques, des boutiques, des temples sur podium et des bains. Le temple dit « temple E » (attribué à Octavie) et la voie de Lechaion, grande artère bordée de portiques, structurent cet urbanisme. Le théâtre, l’odéon et l’Asclépiéion, sanctuaire guérisseur actif pendant des siècles, complètent le dispositif. Vers 50-52 apr. J.-C., l’apôtre Paul séjourne dix-huit mois dans la ville. Le Bêma, plate-forme tribunale du forum, rappelle son comparution devant le proconsul Gallion, dont le nom figure sur une inscription retrouvée à Delphes. Une autre inscription gravée dans un pavement, mentionnant un édile nommé Éraste, alimente encore le débat sur son éventuelle identification avec un personnage cité dans les épîtres. La cité traverse ensuite les périodes byzantine, franque, vénitienne et ottomane, puis un violent séisme en 1858 ruine le village qui occupait le site, ce qui conduit à la fondation de la ville nouvelle. Les fouilles méthodiques de l’École américaine d’études classiques d’Athènes, engagées dès 1896, se poursuivent encore. Chaque saison y révèle des couches inattendues, et la question de l’extension exacte de la ville archaïque demeure en partie ouverte.
Le site archéologique de Corinthe antique est classé et protégé par le ministère grec de la Culture, qui en assure la gestion.
Quelques photos :










Pour s’y rendre :
Adresse : Rue Apollonos 827
A proximité :
- Château de Penteskoufi (même secteur)
- Église de l’Ascension (même secteur)
- Fontaine Pirène supérieure (même secteur)
Sur la carte :



