

Au nord-ouest de l’ancienne commune de Saint-Germain-des-Vaux, aujourd’hui commune déléguée de La Hague, la lande du cap de la Hague porte un monolithe connu sous le nom de menhir de la Bergerie des Étennevaux, ou Grosse Pierre. C’est un bloc de forme parallélépipédique, haut d’environ 2,25 m, large de 1,20 à 1,30 m selon les relevés, pour une épaisseur proche de 60 cm et un périmètre de 3,20 m à la base. Cette section aplatie donne à la pierre deux visages très différents : massive et trapue de face, elle s’amincit en lame lorsqu’on la regarde de profil. La nature de la roche est décrite tantôt comme du granite, tantôt comme du grès rose. Cette divergence montre que l’identification à l’œil nu d’un bloc patiné par les lichens reste délicate, et seule une analyse pétrographique pourrait la trancher. L’archéologue normand Léon Coutil l’a consigné dans son inventaire des monuments mégalithiques de la Manche publié en 1906. Il signale que des signes gravés, aujourd’hui effacés, étaient autrefois visibles sur la pierre. Que représentaient-ils ? L’érosion en a emporté la réponse.

Le nom du lieu apporte un second indice. Attesté sous la forme Estennewant en 1207, Étennevaux vient vraisemblablement de l’ancien scandinave steinn, « pierre », et de vangr, « champ », soit « le pré des pierres ». Le suffixe a ensuite été déformé en « vaux », sous l’influence du français et du nom de la commune. La même racine apparaît dans la roche Gélétan, rocher voisin du littoral. Les colons scandinaves de Normandie ont donc nommé ce terrain d’après des pierres qui se dressaient déjà là. Ce pluriel intrigue : désigne-t-il ce seul menhir, ou d’autres blocs aujourd’hui disparus ? Rien ne permet de trancher. À notre connaissance, aucune fouille n’a documenté l’implantation du monument, qui n’est donc pas daté précisément et reste rattaché au Néolithique par analogie avec les autres mégalithes du Cotentin. Sa fonction demeure hypothétique : marqueur funéraire, borne territoriale ou repère cultuel. Le secteur est par ailleurs très ancien. Au voisinage de la roche Gélétan, l’archéologue Denise Michel a reconnu un riche outillage de l’Acheuléen supérieur (bifaces, hachereaux, racloirs, denticulés, chopping-tools), bien antérieur à l’érection du menhir. La commune compte encore un autre menhir, la Pierre à feu (2,50 m), et le dolmen du Jogard, dit « Trou des fées ».
Bonne découverte !
Quelques photos :






Pour s’y rendre :
Se rendre à: Rue Joignet 50440 La Hague, sortir de la commune, à la patte d’oie, prendre à droite sur D402, rouler sur 900 mètres, puis partir à pied sur le chemin à gauche. Le menhir se situe au bout du chemin, dans un champs clôturé.
A proximité :
- La Roche Gélétan (même secteur)
- Fort Saint-Martin (même secteur)
- Église romane Saint-Germain (même secteur)
Sur la carte :



