Airborne Museum et parachutiste sur le clocher – Sainte-Mère-l’Eglise (50)

Fondé en 1964 sous le régime associatif de la loi de 1901, l’Airborne Museum doit son existence aux dons conjoints des habitants et des vétérans, et à l’impulsion du maire de l’époque, le docteur Jean Masselin. Son origine plonge dans un épisode méconnu : entre 1944 et 1948, trois cimetières provisoires furent aménagés à Sainte-Mère-Église pour inhumer les soldats américains tombés en Normandie, dont le général Theodore Roosevelt Jr.. Pendant quatre ans, les villageois ont fleuri ces tombes et correspondu avec les familles outre-Atlantique. Ce lien intime explique que la commémoration du Débarquement soit célébrée ici dès 1945. Installé au 14 rue Eisenhower, face à l’église et à quelques kilomètres d’Utah Beach, l’établissement se présente comme le plus grand musée d’Europe consacré aux parachutistes américains des 82e et 101e divisions aéroportées. Le choix du site n’a rien d’anodin : le bourg commande un nœud routier du Cotentin, objectif prioritaire pour couper les renforts allemands. La chronologie opérationnelle est précise : les premiers parachutistes touchent le sol vers 00 h 15, les planeurs atterrissent vers 4 h 00, et le débarquement maritime débute à 6 h 30. La bataille pour le village se prolonge jusqu’au soir du 7 juin. Avec près de 288 000 visiteurs en 2024, année de son soixantième anniversaire, le musée a enregistré la meilleure fréquentation de son histoire. Reste une question que les archivistes posent encore : combien d’objets dorment dans ses réserves, et quelles histoires en attendent la révélation ?

Le site se lit presque comme une coupe stratigraphique, chaque édifice marquant une campagne de construction distincte. Le plus ancien, le bâtiment Waco, date de 1964 et reste le symbole du musée. Le bâtiment C-47 suit en 1983. Vient ensuite l’édifice Opération Neptune, inauguré en mai 2014, puis le Centre de conférence Ronald Reagan en 2016. Depuis 2019, une longue phase de rénovation a transformé l’ensemble : accueil et boutique en 2019, hall Neptune en février 2021, puis réouverture du bâtiment C-47 en novembre 2021. Les travaux du seul bâtiment C-47 ont coûté environ 2,2 millions d’euros, dans un programme global d’environ 3,3 millions, soutenu notamment par les fonds européens FEDER et par la Région Normandie. En 2024, un nouvel édifice de plus de 1 200 m² a été érigé à l’entrée sud pour abriter exclusivement le planeur, tandis que l’ancien pavillon Waco accueille désormais un parcours sur Sainte-Mère-Église sous l’Occupation, de juillet 1940 à la Libération : réquisitions, rationnement, couvre-feu, résistance. Le parc de la Haule, replanté en paysage de bocage et de marais, fait aujourd’hui office de musée à ciel ouvert, avec véhicules et canons exposés.

Le planeur Waco CG-4A est l’objet fondateur. Il est présenté comme l’unique exemplaire visible en France dans un tel état de conservation, et il est arrivé avec la création du musée en 1964. Il a été retrouvé dans le Cotentin après avoir servi lors de l’opération. Le Douglas C-47 Skytrain, sorti des usines de Long Beach, en Californie, le 16 décembre 1943, constitue l’autre pièce majeure. Ici s’invite un soupçon de mystère : faute de documents sur sa configuration réelle en 1944, le musée l’a revêtu des couleurs de l’« Argonia », appareil de tête du 439e groupe de transport. Son passé exact reste donc partiellement dans l’ombre. Au-delà de ces deux aéronefs, les fonds dépassent 10 000 objets, dont des équipements des généraux Gavin et Ridgway et plus d’une centaine de mannequins en uniforme. Depuis mai 2018, la tablette HistoPad propose huit scènes immersives, comme la place de l’église en mai 1944 ou le pont de la Fière le 6 juin. Le bâtiment Neptune restitue la traversée de la Manche et les combats, avec un espace consacré à la médecine de guerre et un mur où apparaissent les visages des soldats morts. Enfin, du 14 mai 2026 au 30 novembre 2027, l’exposition « Les Comics entrent en guerre » interroge la fabrique des héros.

Le parachutiste du clocher : l’affaire John Steele

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, un incendie ravage une maison près de la place de Sainte-Mère-Église. Le tocsin est sonné, les habitants forment une chaîne de seaux sous la surveillance de la garnison allemande. Peu après une heure du matin, deux avions larguent par erreur des parachutistes du 505e régiment directement au-dessus de cette place éclairée. Beaucoup sont tués en l’air. Le soldat John Marvin Steele, de la compagnie F, né à Metropolis (Illinois) en 1912, est blessé au pied par un éclat. Son parachute s’accroche à un pinacle du clocher de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. Suspendu, il feint la mort pendant environ deux heures, observant le carnage. Des soldats allemands finissent par le décrocher et le capturent. Il s’évade, rejoint ses camarades du 3e bataillon qui reprennent le village au petit matin, et reçoit la Bronze Star et la Purple Heart. Il meurt d’un cancer de la gorge en 1969, et repose à Metropolis. Son épisode a été popularisé par le film « Le Jour le plus long » (1962), où Red Buttons l’incarne. Aujourd’hui, un mannequin pend au clocher, dont la tenue serait renouvelée deux fois par an. Mais un détail intrigue : selon certains récits, il ne serait pas fixé sur le pinacle exact où Steele s’est retrouvé piégé.

Adresse : 13c Impasse Bob Murphy 50480 Sainte-Mère-Église

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