

Située dans le département de la Nièvre, sur le territoire de la commune de Lanty, la Fontaine de la Bonne Dame constitue un élément de patrimoine rural mêlant édifice religieux, traditions populaires et architecture vernaculaire. Lanty apparaît comme un village ancien dont l’église, Notre-Dame de la Nativité, remonte pour ses parties les plus anciennes au XIIᵉ siècle. L’édifice est construit dans un style roman, plan orienté caractéristique, nef unique, chœur avec abside voûtée en cul-de-four, sacristie ajoutée à la gauche du chœur au milieu du XIXᵉ siècle. Des remaniements ponctuels ont été nécessaires, notamment une surélévation de la nef qui a entraîné la fermeture de certaines baies du clocher. Ce bâtiment religieux est le cœur spirituel et matériel du village, tant pour les offices que pour les usages cultuels locaux.
L’autre structure historique notable est le Fort de Lanty, maison seigneuriale mentionnée dès le XIIᵉ siècle, dont il ne reste aujourd’hui que la motte boisée entourée de fossés, visible à environ 800 mètres au sud de l’église. Elle témoigne de la présence de la seigneurie locale et du contrôle des terres agricoles et forestières environnantes. Parmi ses propriétaires, on note Françoise de Rabutin, fille de l’écrivain Roger de Bussy-Rabutin, ce qui atteste de l’importance sociale du domaine.




La Fontaine de la Bonne Dame est implantée en contrebas de l’église, au sud de celle-ci, via un chemin descendant en escaliers. Le terrain est en pente douce, le bourg de Lanty étant à flanc de colline avec exposition vers le sud. L’accès se fait sans difficulté majeure, mais l’emplacement « au pied du chemin » et en contrebas indique une intention de mise en retrait.
Elle est ouverte par une arche en plein cintre qui est fermée par une porte grillagée. Cette porte protège l’intérieur, empêchant l’accès direct mais laissant la vue. Le mur du fond de l’édicule possède une niche creusée ou aménagée pour recevoir une statue de la Vierge Marie tenant l’enfant Jésus. Cette statue est vêtue d’un manteau dont la bordure est soulignée par une lisère bleue, comme les murs intérieurs de ce qui est appelé la « grotte ». Au bas de la fontaine, il existe un petit bassin de forme carrée, recueillant à la fois l’eau de la source et les eaux de pluie. La Fontaine de la Bonne Dame relève clairement d’un culte local. Jadis, elle faisait l’objet de processions, notamment à l’Assomption, ce qui correspond à une ritualisation mariale classique dans beaucoup de paroisses rurales françaises. On se rendait à cette fontaine pour prier, implorer la Vierge, ou bénéficier de vertus reconnues. La tradition la plus forte est celle des nourrices : on dit que les femmes venant laver leur sein avec l’eau de la fontaine assureraient le bon écoulement du lait, ou en augmenterait la quantité. Ce type de rite de fécondité / maternité est fréquent dans les traditions d’eau en Bourgogne et plus largement en France, mais chaque site présente ses variantes.
Les légendes entourant la fontaine confèrent une aura de mystère. Selon l’une d’elles, la source originelle coulait au chevet de l’église, mais s’arrêta subitement. Un grondement souterrain fut entendu, les fidèles prièrent, suivirent le bruit et trouvèrent la source renaissante près d’un lavoir. Depuis ce déplacement, la fontaine nouvellement située prit le nom de Fontaine de la Bonne Dame. Un autre récit place la cause de la disparition temporaire de la source dans des actes profanes : un boucher y aurait lavé ses instruments, polluant l’eau ou provoquant symboliquement la rupture de la pureté de la source. Ces légendes indiquent non seulement la fragilité de la tradition orale, mais aussi les tensions entre nature, sacré et usage profane.
Aujourd’hui, la fontaine existe toujours : l’édicule, la niche, la statue, la grille, le bassin, l’escalier d’accès. Cependant, son état montre des signes de dégradation : végétation envahissante, entretien irrégulier, traces d’usure sur la maçonnerie, peinture intérieure écaillée ou sombre. Le site n’est pas fortement mis en valeur, les abords ne sont pas aménagés pour un tourisme patrimonial structuré, mais la fontaine continue de faire partie du paysage local et de la mémoire collective. Son état “moyen” laisse présager un risque si les actions de restauration, de protection ou de valorisation ne sont pas entreprises.
La Fontaine de la Bonne Dame illustre un phénomène fréquent en France : la superposition des fonctions religieuses, populaires, et utilitaires autour d’une source d’eau vivante. L’eau, source de vie, de purification, maternelle dans le cas des rites de lactation, devient vecteur de croyance. De plus, le fait que la source se soit déplacée – selon la légende – montre le caractère mobile ou changeant des pratiques cultuelles en fonction des conditions locales (géologie, usage, appropriation).
Architecturalement, l’édifice n’est pas monumental, mais il est typique du petit patrimoine rural : matériaux locaux, intégration au paysage (butte, pente), simplicité de forme mais finesse du détail (nid de statue, décor peint). Cela en fait un témoin précieux de la culture religieuse locale et des croyances populaires, souvent mal documentées.
Bonne visite !
Quelques photos :














Pour s’y rendre :
Se rendre à 8 rue de l’église à Lanty, puis, descendre les escaliers jusqu’à la fontaine.
A proximité :
- L’Église de la Nativité de la Vierge de Lanty
- Oppidum à Fours (propriété privé)
- La grande halle des maîtres verriers à Fours
Sur la carte :



