

Le dolmen de la Pierre Couverte de Chavais, situé sur la commune de Dénezé-sous-Doué (Maine-et-Loire), est un témoin majeur du mégalithisme ligérien, bien qu’il se trouve aujourd’hui dans un état très ruiné. Cet édifice préhistorique, probablement érigé au Néolithique, a traversé les siècles, non sans altérations, et conserve une valeur patrimoniale certaine. Entre traditions locales, interventions humaines et vestiges archéologiques, ce monument illustre à la fois la richesse et la fragilité du patrimoine mégalithique français.
Le dolmen se trouve au lieu-dit Chavais, à environ 1,6 km au nord-est du bourg de Dénezé-sous-Doué, dans un environnement bocager et agricole. L’édifice, isolé, est implanté sur des formations locales de grès, matériau utilisé pour l’édification de la chambre funéraire. D’après un ancien plan cadastral, le monument aurait mesuré près de 10 mètres de long, ce qui en ferait un dolmen de taille conséquente pour la région.
À l’origine, la structure était composée de trois pierres dressées supportant une dalle de couverture monumentale. Aujourd’hui, seules trois pierres demeurent en place, tandis que la dalle de couverture a été déplacée au XIXᵉ siècle. Le volume estimé de cette dalle est d’environ six mètres cubes, avec une épaisseur moyenne de 25 cm. Actuellement, elle repose de manière précaire : posée d’un côté sur un support cassé, et couchée de l’autre. Elle est totalement fissurée, conséquence probable de son déplacement et de son réemploi.
Il est impossible de déterminer avec certitude l’orientation de la chambre principale disparue, certains indices laissant supposer qu’elle se situait soit à l’est, soit à l’ouest.




La structure du dolmen a été construite en grès, comme beaucoup de dolmens de la région, ce qui témoigne d’un accès à des bancs de roche adaptés, et d’une maîtrise relative du transport de blocs massifs. Les supports (orthostates) étaient enterrés jusqu’à environ 1,20 mètre de profondeur lors de la fouille de Lebœuf en 1872. Cela suggère que la chambre était en partie enfouie, ou du moins que les bases des pierres avaient été partiellement enterrées, peut-être pour stabilisation ou du fait de l’accumulation de sédiments.
La table de couverture (la pierre de couverture) était initialement en place, mais a été déplacée au XIXᵉ siècle (vers 1830) dans le cadre d’un usage utilitaire : transportée par un attelage de 36 bœufs pour servir de pont à Varennes, pendant environ vingt ans. Ce déplacement a dû affecter considérablement la structure, la charge, et l’équilibre du monument. Aujourd’hui, le dolmen est très ruiné : seules trois pierres subsistent, ce qui complique la reconstitution de la structure initiale. On suppose qu’il pouvait comporter deux chambres funéraires, campagne de construction préhistorique, mais cela reste hypothétique vu le peu d’éléments conservés. es supports restants permettent de mesurer – dans certains cas – les dimensions de l’implantation, mais aucune mesure précise complète de la chambre initiale n’est attestée dans les sources accessibles. Le plan ancien effectué par Michel Gruet dans Inventaire des mégalithes de la France mentionne ce dolmen, le localise à environ 1 600 mètres au nord-est de Dénezé, mais ne fournit pas toutes les données de dimensions.
En 1830, la pierre de couverture fut extraite du dolmen et transportée sur près de trois kilomètres afin de servir de matériau pour la construction d’un pont sur le ruisseau de Varannes. Cette opération, spectaculaire, fut réalisée grâce à 13 paires de bœufs réquisitionnés dans plusieurs fermes environnantes : la ferme de Varannes, celle de Maliverne, la Niverdière et d’autres exploitations locales. La dalle fut déplacée sur de gros troncs de chêne d’environ un mètre de diamètre servant de rouleaux. L’initiative fut menée sous la direction de René Phélipon, propriétaire de la Maison Rouge à la Carte et maire de Saugré entre 1800 et 1808.
La pierre servit ensuite durant vingt ans comme tablier du premier Pont des Varannes, permettant le passage des charrettes. Après cet usage, elle fut déplacée à nouveau et sert aujourd’hui de couverture au fond d’un abreuvoir, localisé près de la Fontaine, juste à gauche de la D69 en direction de Doué-la-Fontaine, non loin du manoir du pont de Varannes.
En 1872, des investigations menées par Lebœuf révélèrent que les supports du dolmen étaient enfouis à environ 1,20 mètre de profondeur. Quelques fragments d’ossements humains furent retrouvés, attestant de la fonction funéraire du monument. Malheureusement, aucun mobilier archéologique notable (céramiques, outils lithiques) n’a été publié, ce qui limite les possibilités de datation précise.
L’architecture laisse penser à un dolmen à chambre multiple, bien que les vestiges actuels ne permettent pas de trancher. La construction en grès et la taille supposée de l’édifice l’inscrivent dans la tradition des grands dolmens du Saumurois. La destruction partielle et le déplacement de la dalle au XIXᵉ siècle compliquent cependant toute tentative de restitution fidèle.
Bonne découverte !
Quelques photos :












Pour s’y rendre :
Depuis Dénezé-sous-Doué, prendre la D69, tourner à droite en direction de Saugré, continuer jusqu’à La Carte, puis, entre La Carte et Chavais, tourner à gauche sur une petite route goudronnée, elle mène directement au dolmen.
A proximité :
- Le dolmen de Saugré à Dénezé-sous-Doué
- La pierre péteuse à Dénezé-sous-Doué
- Le pigeonnier troglo à Dénezé-sous-Doué
- La cave aux sculptures à Dénezé-sous-Doué
Sur la carte :



