

Située sur le versant sud-ouest du département des Vosges, aux confins de la plaine de la Saône, la commune de Bleurville repose sur les formations gréseuses du Trias inférieur, communément appelées grès vosgiens (ou grès du Buntsandstein). Cette roche, constituée de grains de quartz soudés par un ciment siliceux, offre un compromis rare : assez dure pour résister à l’usure, assez régulière pour être façonnée en disque. Le terroir est occupé depuis la Préhistoire, puisqu’un atelier de taille d’outils a été identifié au lieu-dit Rosière, ce qui atteste que la région exploitait déjà la pierre bien avant toute activité meulière. L’exploitation industrielle du grès, elle, relève d’une période plus tardive : elle se développe à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, autour de la fabrique de meules Stoehr, accompagnée d’une tournerie locale, la tournerie Poincelot. La carrière de meules de Bleurville s’inscrit donc dans une phase de mécanisation et de rationalisation de l’extraction. Les maîtres du site ne se contentaient plus de prélever des blocs : ils organisaient une véritable filière, de la reconnaissance des bancs favorables jusqu’à l’expédition du produit fini.



La fabrication d’une meule en grès suit une chaîne opératoire bien documentée par l’archéologie des carrières vosgiennes. Le meulier repère d’abord un banc homogène, sans fissure ni inclusion tendre, puis dégage la « fausse pierre », couche superficielle altérée impropre à l’usage. Il détache ensuite un bloc, parfois à l’aide de coins, puis ébauche un disque circulaire : c’est l’ébauche, dont le diamètre atteint couramment un mètre ou davantage. Les ébauches abandonnées, brisées ou jugées défectueuses, restent souvent sur place et constituent aujourd’hui de précieux indices pour les archéologues. La finition comprend le perçage de l’œillard, l’orifice central par lequel le grain est introduit, puis le piquage de la surface active à la pointe, afin de créer le mordant qui broie le grain. Les meules étaient ensuite appariées par paires, l’une fixe (la gisante), l’autre mobile (la tournante). À Bleurville, l’activité meulière a fini par laisser la place, durant l’entre-deux-guerres, à l’extraction du granit, qui a attiré des carriers et des tourneurs dans la commune. Le grès local a par ailleurs servi de matériau de construction, notamment pour les lavoirs.
Belle découverte !
Quelques photos :


















Pour s’y rendre :
Depuis Bleurville, prendre la D2 en direction de Vivier-le-Gras, comptez environ 2km depuis la sortie de Bleurville, puis tourner à droite sur la petite route forestière, monter sur 420 mètres et tourner sur une sente à gauche, elle mène à l’ancienne carrière.
A proximité :
- La roche du Mulot à Bleurville
- La Cave en Faroche à Bleurville
- Abbaye de St-Maur à Bleurville
Sur la carte :



