Site archéologique de Larina – Hières-sur-Amby (38)

Perché sur un promontoire rocheux sous la forme d’un long plateau et dominant la plaine du Rhône, le site archéologique de Larina à Hières-sur-Amby, en Isère, offre un voyage fascinant à travers les époques. Occupé dès la Préhistoire, il livre des traces d’occupation humaine continue s’étendant de l’Âge du bronze jusqu’au Haut Moyen Âge.

Des fouilles archéologiques, menées depuis les années 1980, continuent de mettre au jour de nouveaux vestiges et d’enrichir notre connaissance de ce site exceptionnel. Un musée local, présente les objets découverts lors des fouilles et retrace l’histoire de Larina à travers des expositions.

Larina : Une mosaïque de peuplements et d’époques

Larina n’est pas un simple site archéologique, c’est une véritable palimpseste temporelle, où chaque strate raconte une histoire unique. Des premières traces d’occupation néolithique à l’abandon définitif au VIIIe siècle, le site a été témoin de l’évolution des sociétés et des cultures qui se sont succédé dans la région.

Le Néolithique et l’Âge du Bronze:

Les premiers habitants de Larina s’y installèrent sporadiquement à la fin du Néolithique. Des traces d’habitats de cabanes et de fosses datant de l’Âge du Bronze final ont été découvertes, suggérant une occupation plus dense. Un premier rempart, peut-être construit à cette époque, preuve de l’importance croissante du site.

L’Âge du Fer et l’oppidum gaulois:

L’apogée de Larina se situe pendant l’Âge du Fer laténien, lorsqu’il devient un grand oppidum allobroge. Un vaste rempart en pierres liées à l’argile enserre des cabanes de torchis, livrant des vestiges d’artisanat et de nombreux dépôts funéraires. Plus qu’un simple habitat, Larina devient un lieu de rassemblements périodiques, de foires et marchés pour le peuple allobroge, gravitant autour d’un important sanctuaire celtique.


Les Allobroges, un peuple gaulois puissant

Les Allobroges étaient un peuple gaulois qui occupait une vaste région correspondant à l’actuelle Savoie, au Dauphiné, à la région lyonnaise et à une partie de la Suisse romande. Ils étaient l’un des peuples les plus puissants de la Gaule, avec une population nombreuse et une armée redoutée.

Histoire et organisation:

  • Origines: Les origines des Allobroges sont obscures, mais on pense qu’ils sont arrivés dans la région au IVe siècle avant J.-C. Ils étaient divisés en plusieurs tribus, chacune avec son propre chef.
  • Conflits avec Rome: Les Allobroges entrèrent en conflit avec Rome dès le IIe siècle avant J.-C. Ils furent vaincus par le général Fabius Maximus en 121 avant J.-C. et devinrent un territoire tributaire de Rome.
  • Révoltes et intégration: Malgré leur défaite, les Allobroges se révoltèrent à plusieurs reprises contre la domination romaine. Ils finirent par être définitivement intégrés à l’Empire romain au cours du Ier siècle après J.-C.

Société et culture:

  • Guerriers et agriculteurs: Les Allobroges étaient de redoutables guerriers, réputés pour leur bravoure et leur cavalerie. Ils étaient également des agriculteurs habiles, cultivant le blé, l’orge et la vigne.
  • Langue et religion: Les Allobroges parlaient une langue celtique, dont quelques mots ont survécu dans les patois locaux. Ils pratiquaient une religion polythéiste, avec un panthéon de divinités celtiques.
  • Commerce et artisanat: Les Allobroges étaient également actifs dans le commerce et l’artisanat. Ils produisaient des poteries, des bijoux, des armes et des outils de qualité.

Héritage:

  • La culture des Allobroges a laissé des traces durables dans la région. On trouve encore de nombreux vestiges de leur époque, tels que des oppidums (villages fortifiés), des temples et des nécropoles.
  • Le nom des Allobroges a été donné à une région française, l’Isère, et à une ville, Grenoble.

Antiquité romaine et sanctuaire de Mercure:

L’oppidum est abandonné au début de la Gaule romaine, laissant place à un sanctuaire dédié au dieu Mercure. Un autel dédicacé du IIIe siècle et des blocs de construction dispersés sur le site attestent de la présence de ce sanctuaire.

Mercure, dieu romain du commerce et des voyageurs, est l’équivalent d’Hermès dans la mythologie grecque. Fils de Jupiter et de Maïa, il est connu pour sa rapidité, symbolisée par ses sandales ailées et son pétase, un chapeau à larges bords. Messager des dieux, il est également un dieu des voleurs et des tricheurs, doté d’une grande intelligence et d’un don pour la persuasion. On le représente souvent avec un caducée, un bâton surmonté de deux serpents entrelacés, qui symbolise la médecine et la diplomatie. Mercure était un dieu très populaire dans la Rome antique, et son culte était répandu dans tout l’empire. On lui dédiait des temples, des statues et des sacrifices, et on le priait pour obtenir du succès dans les affaires, les voyages et la communication.

Antiquité tardive et villa gallo-romaine:

Du milieu du IVe à la fin du Ve siècle, un nouvel établissement agricole s’installe sur le plateau, probablement une annexe d’une villa de plaine. Des cabanes de bois et torchis, puis un village de seize bâtiments en torchis sur solins de galets, constituent l’habitat de cette période. Un temple traditionnel (fanum) et de vastes bâtiments d’exploitation complètent cet ensemble. Deux nécropoles sur les collines voisines témoignent de l’activité du site.

Haut Moyen Âge et villa burgonde:

Au début du VIe siècle, le site est profondément transformé. Les bâtiments sont rasés et un nouveau type d’occupation prend place. Un vaste bâtiment d’habitation en moellons et lauzes de près de 1 500 m² est construit, reprenant le plan des grands bâtiments de type germanique. Deux autres bâtiments d’exploitation et une église funéraire complètent cet ensemble. Le mobilier retrouvé caractérise une villa burgonde autonome, implantée sur le plateau.

Castrum mérovingien et colonie franque:

Dans la seconde moitié du VIe siècle, la villa se transforme en castrum mérovingien. Le bâtiment central est reconstruit et agrandi, les bâtiments d’exploitation réorganisés et l’église agrandie et subdivisée en chapelles funéraires. Le rempart laténien est reconstruit en moellons et le mobilier devient plus caractéristique du nord de la France. Des études anthropologiques révèlent l’arrivée d’un nouveau groupe, avec des guerriers et cavaliers, suggérant l’installation d’une colonie franque chargée de protéger la région.


L’enclos funéraire

Perché au sommet de la nécropole, l’enclos funéraire se présente comme une structure carrée d’environ 5 mètres de côté. Une porte s’ouvre au nord-est et deux extensions latérales de dimensions et d’usage inconnus complètent l’ensemble.

Postériorité et nature de l’enclos

La construction de l’enclos est postérieure aux tombes qu’il englobe, comme le montre l’emprise de ses murs sur certaines sépultures. La faible épaisseur des décombres recouvrant les vestiges et la finition soignée du sommet des murs avec de longues dalles plates régulières indiquent clairement qu’il s’agissait d’un enclos à ciel ouvert et non d’un bâtiment couvert.

Sépulture remarquable et pillage

Au centre de l’enclos, une tombe se distingue des autres par son alignement parfait avec les murs. Construite sous lauzes, elle est sans doute à l’origine de l’édification de l’enclos funéraire. Cependant, le pillage ancien de cette sépulture, motivé par sa particularité, n’a pas permis de percer son histoire.

Un site archéologique comportant près de 400 tombes et 500 sépultures.

Découverte et état des lieux : Plus d’un tiers des tombes ont été pillées avant leur découverte scientifique, ce qui a entraîné une perte d’informations.

Chronologie et organisation : Les premières tombes semblent avoir été dispersées sur la partie haute du site. Au fil du temps, le site s’est développé pour devenir un cimetière à part entière, avec des allées régulières et des rangées parallèles de tombes. L’organisation est typique du Haut Moyen Âge.

Diversité des sépultures : La plupart des sépultures sont constituées de coffres rectangulaires ou trapézoïdaux en pierre, parfois avec un fond en pierre et un couvercle en dalles. Des tombes creusées dans la terre et des constructions en moellons sur un plan ovale existent également.

Perturbations et caractéristiques : Des tombes d’enfants et des réinhumations perturbent parfois la régularité des alignements. Des traces de scellement et des dalles brisées indiquent des pillages anciens.

Étude des sépultures : L’analyse des squelettes, sur le terrain lors des fouilles archéologiques puis en laboratoire par des anthropologues, permet de mieux connaître la population de Larina et ses pratiques funéraires à l’époque mérovingienne.

Orientations des sépultures : Traditionnellement, les sépultures chrétiennes orientent les corps tête à l’ouest et regard vers l’orient.

Particularités des sépultures d’enfants : Les tombes des enfants sont parfois disposées différemment.

Réinhumations : Différentes pratiques de réinhumation existent :

  • Dépôt des os dans un fossé à proximité de la tombe d’origine.
  • Mise en place dans un coffre de pierre au pied de la sépulture.
  • Réunion des os dans un coin de la tombe.

Ces pratiques suggèrent l’utilisation de certaines tombes comme caveaux familiaux pour plusieurs inhumations successives.

Homogénéité de la population : Les études anthropologiques des squelettes montrent une population homogène à Larina, composée d’hommes, de femmes et d’enfants.

Hygiène et endogamie : Des traces d’une hygiène de vie précaire sont observées. Un taux élevé d’endogamie (mariages entre membres d’une même communauté) indique une faible ouverture de la population vers l’extérieur.

Traumatismes : Plus d’un tiers des individus présentent des traumatismes, principalement liés à des accidents du travail (agriculture, artisanat, carrière…) et non à des combats.

Abandon et héritage:

Au VIIIe siècle, le site est abandonné volontairement et les bâtiments se dégradent progressivement. D’autres établissements se fondent dans la région, partageant la propriété du site dont les communes d’Annoisin-Chatelans et Hières-sur-Amby sont aujourd’hui les héritières.

Depuis Hières-sur-Amby, prendre la route du val d’Amby jusqu’au croisement, prendre à droite sur la D52i jusqu’à Chatelans, au niveau du centre, prendre à droite sur la petite route qui mène jusqu’au site archéologique. Prudence c’est une petite route assez fréquenté.

Statistiques :

  • 1 659 193
  • 696 081
  • 741
  • 625
  • 14 juillet 2024

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2 Comments

  1. Guillaume
    9 mars 2024
    Reply

    C’est un site très intéressant à visiter de par sa taille mais également par les sarcophages présent sur le site. votre article et vos photos sont vraiment très bien.

  2. Matthieu
    16 mars 2024
    Reply

    J’aime beaucoup ce lieu chargé d’histoire

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