Fontaine des Laides – Bouze-Lès-Beaune (21)

À environ un kilomètre à l’est du village, cette source connue au IXe siècle, période où elle jouait un rôle crucial pour les lépreux qui venaient s’y laver et s’y soigner. La source, nichée en contrebas du village, était alors un symbole de souffrance et de purification.

Au Moyen Âge, la Fontaine des Laides était strictement réservée aux lépreux, que l’on appelait les “Laides”. Cette dénomination est bien entendu à l’origine du nom de la fontaine. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’un lavoir fut ajouté à cet endroit, répondant ainsi aux besoins des habitants du village pour laver leur linge.

La mise à l’écart des lépreux au Moyen Âge était motivée par plusieurs facteurs, souvent imbriqués les uns dans les autres :

Une tranche de vie à la léproserie de Beaune : La léproserie de Beaune était à un quart-d’heure de la ville sur la route de Dijon. Étiez-vous déclaré lépreux ? on vous interdisait; la cloche de l’église sonnait trois coups d’agonie; on vous couvrait d’un linceul comme un corps mort; un prêtre venait vous chercher et vous emmenait processionnellement à l’église des lépreux. Quand le convoi était arrivé à la porte, le ladre s’agenouillait ; on chantait ensuite pour lui la messe des trépassés. Les parents et les amis allaient à l’offrande; le prêtre bénissait une robe d’une façon particulière dont on couvrait le pauvre mézeau; on lui donnait une tasse de bois, une ceinture de laquelle pendait des gants, une bourse, un couteau; on lui fournissait une paire de cliquettes, espèces de castagnettes dont les enfants s’amusent encore aujourd’hui, langues de bois qui rappelaient au malade qu’il ne devait parler à personne qu’avec cet instrument. Après avoir assisté à son service funèbre, le lépreux était conduit au cimetière le prêtre lui jetait sur la tête la pelletée de terre qu’on répand sur les cercueils, et il lui disait en même temps : « Ceci signifie que tu es mort; aies patience. Enfin, on l’installait dans la léproserie, où le maître lui adressait ces mots : « Je requiers que tu observes strictement les articles qui suivent. Tant que tu seras malade, tu n’entreras en aucune maison. Il t’est défendu d’entrer dans la ville, si ce n’est le jour du jeudi saint. Tu ne viendras te mirer en aucune fontaine ; tu as pour la soifl’eau solitaire. Si tu rencontres quelqu’un, agite tes cliquettes ou ta crecelle, et si tu oses parler, que ce soit au-dessous du vent. Garde-toi de boire jamais en un vase autre que le tien, de passer sur une planche ou le long d’un parapet sans avoir mis tes gants; et, lorsque tu seras obligé d’acheter quelque chose, souviens-toi de ne toucher cette chose qu’avec le bout d’une baguette.

Peur de la contagion : La lèpre était une maladie chronique et contagieuse, redoutée pour ses lésions visibles et progressives qui défiguraient les corps. La compréhension médicale de l’époque était limitée, et la contagion était souvent fantasmée, nourrissant une peur irraisonnée de la maladie. On craignait que les lépreux, par leur simple présence, puissent transmettre la maladie aux personnes saines.

Symbolique religieuse et morale : La lèpre était également perçue comme une punition divine, un châtiment pour les péchés. Cette vision, influencée par la religion omniprésente dans la société médiévale, renforçait l’idée que les lépreux étaient impurs et marginaux. Ils étaient parfois associés à des figures bibliques frappées par Dieu, comme Lazare.

Protection de la communauté : Dans une société où l’hygiène et les connaissances médicales étaient limitées, l’isolement des lépreux était perçu comme un moyen nécessaire de protéger la santé publique. En les éloignant des villages et des villes, on limitait les risques de contagion et on rassurait la population.

Stigmatisation et marginalisation : Au-delà des aspects sanitaires et religieux, la mise à l’écart des lépreux contribuait à une forte stigmatisation sociale. Ils étaient considérés comme des êtres impurs, inférieurs et dangereux, ce qui les exposait à la discrimination, au rejet et à la violence. La lèpre devenait une marque d’infamie, une exclusion sociale totale.

Rituels et pratiques : L’exclusion des lépreux s’accompagnait souvent de rituels symboliques forts. On organisait des cérémonies d’annonce de la maladie, comparables à des funérailles, signifiant la mort sociale du malade. Les lépreux devaient adopter des vêtements distinctifs, et comme évoqué précédemment, sonner des clochettes pour signaler leur présence et éviter tout contact physique.

Évolution de la fontaine :

  • Moyen Âge : La fontaine est probablement construite à cette époque, en lien avec la présence d’une léproserie à proximité.
  • XVIIIe siècle : Un lavoir est adjoint à la fontaine, suggérant une possible déstigmatisation progressive de la lèpre et une intégration relative des lépreux dans la vie quotidienne.
  • XIXe siècle : La fontaine et le lavoir cessent d’être utilisés, remplacés par un nouvel ouvrage au village.

Restaurée dans les années 1980, la Fontaine des Laides a retrouvé une nouvelle vie. Cet espace, aménagé en lieu de promenade et de repos, est devenu un agréable site de pique-nique.

Source : Mémoires - Volumes 19 à 20 - Page 87books.google.fr › books
Société d'archéologie de Beaune (Côte d'Or). Histoire, lettres, sciences et arts · 1895

Depuis Bouze-lès-Beaune, prendre la D970 en direction de Beaune. La fontaine se situe sur la gauche à la sortie du village.

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  • 14 juillet 2024

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Un commentaire

  1. Sarah
    11 juillet 2024
    Reply

    Merci pour cet article qui permet de mieux comprendre ce qu’était le lèpre au moyen-âge.

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