

Inauguré le 10 mars 2018 par la Ville d’Ornans, le Sentier-Découverte de Lachenaud constitue un parcours ludo-pédagogique de 2,1 kilomètres tracé au cœur du vallon éponyme, dans le département du Doubs (25290), en région Bourgogne-Franche-Comté. Accessible depuis le parking du Champ du Cerf, ce sentier balisé dont le fil conducteur est un écureuil dessiné déroule six stations thématiques qui abordent, avec une rigueur scientifique vulgarisée, la formation géomorphologique du vallon, l’histoire hydrologique du ruisseau de Lachenaud, la structure des corniches calcaires, les anciennes voies de communication, le plateau karstique et la gestion historique de l’eau potable.
L’analyse stratigraphique et topographique du vallon révèle un processus d’érosion cyclique amorcé bien avant l’orogenèse jurassienne. Initialement, la région présentait une topographie plane où les circulations hydriques coïncidaient avec le niveau de base de la nappe phréatique. Le plissement du Jura a induit un abaissement relatif de ce niveau de base, déclenchant une phase de creusement incisif. Ce phénomène a sculpté les corniches calcaires et les plateaux environnants, isolant progressivement le vallon de Lachenaud comme un affluent exoréique de la Loue.
Un facteur déterminant de la morphologie actuelle réside dans la glaciation de Riss (approximativement entre -325 000 et -130 000 ans). Le « lobe d’Ornans », une extension glaciaire massive, a exercé une pression mécanique considérable sur le substrat, polissant le relief et déposant des moraines glaciaires encore identifiables au pied du secteur de Saint-Roch. La présence de blocs erratiques à l’ouest de la commune atteste de la puissance de transport de ces flux de glace disparus.





Le ruisseau de Lachenaud, dont l’étymologie renvoie au terme technique « chenal », présente aujourd’hui une caractéristique majeure : son invisibilité quasi totale. Originellement, il s’agissait d’une résurgence naturelle issue de l’infiltration des eaux de surface à travers le plateau calcaire. Ce cours d’eau a subi, au fil des siècles, une anthropisation radicale, transformant un flux sauvage en un réseau hydraulique régulé.
L’histoire technique du site est marquée par plusieurs phases clés :
1923 : L’expansion industrielle, portée par les cités ouvrières Oerlikon, impose la construction d’un château d’eau et d’un réseau de distribution moderne, scellant le sort du ruisseau dans des infrastructures souterraines.
1760 : Le Conseil d’Ornans décide du détournement de la source pour alimenter la fontaine de l’hôtel Grospain. Cette dérivation marque le début de la domestication du flux.
Post-1750 : Une canalisation complexe est mise en œuvre, bien que l’emplacement exact de certains captages demeure, à ce jour, une énigme archéologique. Le ruisseau alimentait alors les « filets d’eau » de structures institutionnelles comme la maison des Dames Ursulines.


Vestiges et Énigmes du Patrimoine Vernaculaire
Le vivier — un bassin de pierres destiné à la conservation et à l’élevage de poissons — est une infrastructure dont la date de construction est inconnue et dont aucun propriétaire n’a pu être formellement identifié. Absent du cadastre de 1813, il était déjà recensé lors du projet industriel Œrlikon. Ce bassin à écoulement régulé constitue très vraisemblablement une ancienne carpière, dont la fonction économique s’inscrit dans la longue tradition piscicole du Comté de Bourgogne. En 1923, simultanément à la construction de la cité ouvrière Œrlikon, un captage, un château d’eau situé à proximité du parking actuel et un réseau de distribution furent construits pour répondre aux besoins en eau potable domestique. Vers 1970, ce captage fut définitivement abandonné au profit du raccordement au réseau de la Haute-Loue ; depuis lors, les eaux du Lachenaud rejoignent directement la Loue sans captage intermédiaire
Toutefois, une part de mystère subsiste. Les traces d’occupation humaine dans la vallée de la Loue remontent à l’époque néandertalienne (entre -125 000 et -35 000 ans), comme le suggèrent les découvertes dans les cavités limitrophes. Le vallon de Lachenaud a-t-il servi d’abri ou de zone de transit dès la Préhistoire ? Si les preuves matérielles directes sur le sentier restent ténues, la configuration des lieux laisse supposer un potentiel archéologique encore inexploité sous les sédiments glaciaires.



Un parcours entre pédagogie et défi physique
Conçu avec six panneaux thématiques, des bornes-devinettes, des citations originales sur la nature et des agrès sportifs (barres, plots, anneaux, pont mobile), le sentier s’adresse à un public familial tout en réclamant une bonne condition physique. La descente finale dans les rochers, équipée d’un câble de sécurité, constitue un tronçon dit acrobatique qui impose des chaussures de marche adaptées et une vigilance accrue. Le dénivelé positif est de 112 mètres pour une durée estimée à 55 minutes ; le parcours reste ouvert et accessible librement, toute l’année.
Quelques photos :














Pour s’y rendre :
Adresse : Le parking du début du sentier se trouve à : 28 prièvres 25290 Ornans
A proximité :
Sur la carte :



